ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE LUTHÉRIENNE
Synode de France

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Pasteur Gleisson R. SCHMIDT
Président du Synode de France
« Merci »
Nous avons tous appris qu’il faut dire merci. Dès l’enfance, on nous enseigne à reconnaître un cadeau, un geste, un service. Pourtant, la gratitude ne va jamais tout à fait de soi. Plus un bienfait devient habituel, plus nous risquons de le considérer comme normal ; et moins nous le voyons comme un bienfait, plus nous sommes tentés de le considérer comme un dû.
C’est précisément ce que met en lumière le récit des dix lépreux guéris par Jésus en Luc 17.11-19.
Ces hommes se tiennent à distance et crient : « Jésus, maître, aie pitié de nous ! » (Luc 17.13). Ils n’ont aucun mérite à faire valoir, aucune œuvre à présenter. Ils demandent simplement la pitié. Et Jésus les guérit tous.
La grâce précède donc la gratitude. Jésus ne guérit pas le Samaritain parce qu’il sait qu’il reviendra le remercier ; il n’écarte pas non plus les neuf autres parce qu’ils ne reviendront pas. Tous reçoivent avant d’avoir rien fait. Dieu agit d’abord. L’être humain reçoit, puis répond.
Mais un seul fait demi-tour.
« L’un d’eux, se voyant guéri, revint sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix. Il tomba sur sa face aux pieds de Jésus, et lui rendit grâces » (Luc 17.15-16).
Les dix ont reçu le même bienfait ; un seul semble en avoir mesuré la portée. Voilà toute la différence. La gratitude chrétienne n’est pas simplement une bonne manière : elle est le mouvement de celui qui reconnaît ce qu’il a reçu et revient vers Celui qui le lui a donné.
Cette scène ressemble à celle de la femme qui, quelques chapitres plus tôt, se retrouve elle aussi en larmes aux pieds de Jésus. Elle « aime beaucoup » parce qu’elle se sait beaucoup pardonnée (Luc 7.47). Dans les deux cas, la reconnaissance n’achète pas la grâce ; elle en est le fruit.
Et c’est là que ces récits deviennent étonnamment proches de notre propre vie.
Nous pouvons nous habituer au pardon. Nous pouvons entendre l’Évangile depuis des années, confesser le Credo, recevoir la Sainte Cène, et finir par considérer comme presque ordinaire ce qui devrait toujours nous bouleverser : que le Fils de Dieu ait donné sa vie afin que nos péchés soient pardonnés.
Lorsque la grandeur du pardon s’efface de notre conscience, la gratitude s’affaiblit avec elle. Alors Dieu risque de recevoir ce qui reste après le reste : quelques minutes de prière, un dimanche disponible, un peu de temps lorsque toutes les autres priorités ont été satisfaites.
Mais la vie chrétienne ne consiste pas à transformer la grâce en nouvelle dette. Jésus ne dit pas : « Puisque je t’ai sauvé, tu me dois désormais tant d’heures, tant de services, tant d’efforts. » La véritable reconnaissance ne fonctionne pas ainsi. Lorsqu’elle a mesuré la grâce reçue, elle cherche spontanément comment y répondre.
Le chrétien reconnaissant ne réduit donc pas sa relation avec Dieu à la question de ce qu’il lui doit. Il se demande plutôt : comment pourrais-je ne pas revenir vers Celui de qui j’ai tant reçu ?
C’est pourquoi Jésus nous appelle à rechercher « premièrement le royaume et la justice de Dieu » (Matthieu 6.33). Non pour obtenir sa faveur, mais parce que sa faveur nous a déjà trouvés en Jésus-Christ.
Et si vous sentez vous aussi le besoin de revenir vers Celui dont nous recevons pardon, espérance et vie, sachez que les paroisses de notre Église sont là pour vous accueillir. Venez simplement entendre la Parole de Dieu, prier avec nous et découvrir une communauté qui, elle aussi, vit de la grâce de Dieu.
Peut-être que, comme le Samaritain, le premier pas de la reconnaissance consiste justement à venir.
au nom de l’EEL-SF,
Rév. Dr Gleisson R. SCHMIDT
Président
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